Take me home… Not this one.


 


Nous sommes en 2020, Sea of Thieves est devenu une petite tuerie, No Man’s Sky tout à fait recommandable, mais Day Z et Ark Suvival Evolved sont toujours l’équivalent de deux mods de moteurs graphiques mal utilisés truffés de bugs. Sauf que tous ces jeux sont des succès et valident donc aux yeux du marché le modèle économique du “jeu service” soutenu sur des années comme un MMO. Le petit Todd Howard ne cachait pas ses intentions en sortant Fallout 76 dans un état lamentable :


 


“It’s not how you launch, it’s what it becomes”


 


OK Todd Howard, dans la grande tradition moderne des “Public Relations” (PR) reprise par beaucoup des hommes politiques actuels, il suffit d’assumer les erreurs passées une fois que la poussière est retombée sur l’affaire pour redevenir fréquentable. Deux choses : primo, cet argument fonctionne sur un jeu en accès anticipé, car il est littéralement en développement et ne le cache pas à ses clients en étant de base moins cher qu’un produit fini. Secondo : ceux qui ont acheté le jeu au lancement, sont certainement ceux qui avaient le plus d’intérêt pour ce dernier et l’ont donc soutenu en sacrifiant des deniers que ceux qui attendront un ou deux ans auront probablement fait l’économie. Ces personnes là, tu te dois de les honorer en leur offrant au moins une expérience décente au lancement, pas avec des problèmes historiquement liés à vos outils de développement datant de bientôt vingt ans.


 


Donc oui, Fallout 76 est un jeu en accès anticipé, pas besoin des commentaires d’un producteur ayant depuis longtemps prouvé sa rapacité et son insolence accompagnée d’une certaine dose de cran pour venir défendre son bilan quand le mal a été fait. Oui, Fallout 76 est encore noyé de bugs qui datent de la sortie originale, soucis sur lesquels Bethesda semble s’asseoir parce qu’après tout, le genre du jeu de survie est dominé par des titres à la finition déplorable acheté par des millions de joueurs qui s’y font parce qu’il n’y a pas d’offre qualitativement supérieure sur le marché. La nature ayant horreur du vide, Fallout 76 est donc sur ce marché et représente probablement l’expérience la mieux “réalisée”. Après ce triste constat que je résumerai par un simple et fleuri :


 


“Fallout 76, c’est un jeu fini à la pisse, dans un genre dominé par des tas de merde.”


 


   


C’est pas sport de frapper aussi fort dès le début, mais vous me connaissez, j’adore tirer au lance-missiles sur les ambulances.


 


On va pouvoir se poser ensemble, et s’attarder sur ce qui fait que, peut-être il y a quelque chose à trouver sous la crasse du titre de Bethesda. Même si entre nous, rien que pour le modèle économique du titre, je vous invite plutôt à faire un bras d’honneur au jeu et à vous intéresser à un The Outer Worlds. Parce que je pense que si un Fallout vous intéresse, c’est pour jouer à un RPG post-apocalyptique avec un minimum de profondeur, et comme vous avez dû vous en rendre douloureusement compte avec Fallout 4 et dans une moindre mesure, Fallout 3 avant lui, c’est plus trop le genre de la maison Bethesda


 


… Sauf qu’au moins pour Fallout 76, c’est assumé.


 


Le “R” de “RPG”


 


Mais si si je te jure, y a des vrais morceaux de jeux de rôle dans ce Fallout 76, même s’ils ont été ajoutés en post-post production via la mise à jour Wastelanders en avril 2020. Est-ce que ça suffit à en faire un RPG ? Eh bien écoutez : je ne sais plus. Je ne sais plus parce qu’on me murmure dans l’oreille que Fallout 4 était un RPG solide et que les jeux d’Ubisoft tendent à en devenir de plus en plus. Donc on va partir du principe que oui et que si Fallout 76 est bien un RPG de survie ou un jeu de survie avec des éléments de RPG, alors ça mérite le détour…


 


… Et vous savez quoi ? C’est plus intéressant qu’il n’y paraît.


 


La mise à jour Wastelanders ne souffre pas trop de cet aspect “additionnelle” qu’elle aurait pu avoir si les choses avaient été mal faites. Sans faire de Fallout 76 un New Vegas 2.0, Bethesda parvient à introduire son lot de quêtes et de personnages de faction qui vous proposeront des dialogues à choix multiples (plus de choix que dans un Fallout 4 d’ailleurs) et des choix à faire avec des conséquences, bien que ces dernières soient limitées au plus pur espace de lieux en intérieur instanciés afin que les autres joueurs sur la carte ne souffrent pas des conséquences narratives de vos actions.


 


Ce choix de proposer tout de même du biscuit narratif aux joueurs et un minimum d’implication dans un “univers social” offre à Fallout 76 une drôle de saveur : à la fois, on sent que la structure en monde ouvert orientée action / exploration / survie et narration via messages audios disséminés ici et là est bien le coeur du propos, autant on sent un vrai intérêt et un certain soin dans les personnages et quêtes récemment introduites pour que le tout se tienne bien.


 


Comprenez-moi, c’est limite si les personnages de Fallout 76 ne sont pas tout simplement mieux écrits et plus intéressants que ceux d’un Fallout 4. Vous allez me dire “Mec, entre nous… C’est pas bien compliqué” : certes. Certes c’est même très facile, mais c’est un effort qui vient se conjuger à un second.


 


Selon vos actions passées, vos statistiques et autres, les personnages auront des réactions différentes en interagissant avec vous : mieux, vous débloquerez des options supplémentaires pour réaliser les quêtes. On est donc en pleine dissonance cognitive : Fallout 4 qui essaye d’avoir l’air d’un RPG nous apparaît comme un FPS / exploration / survie mal assumé, et Fallout 76 qui essaye d’avoir l’air d’un FPS / exploration / survie nous apparaît comme un RPG mal assumé. Il faut dire que Bethesda, face à l’échec de Fallout 76 et les récents échecs commerciaux de ses partenaires, a probablement dû se dire “vite, il faut séduire la fan base d’origine” et a donc fait des efforts pour donner à Fallout 76 la saveur d’un Fallout.


 


   


Quand le moteur vieux de Morrowind de Bethesda ne crash pas, Fallout 76 a presque l’air mignon… Sur les images promotionnelles.


 


Sauf que tout ça, c’est pas magique et pour le coup, c’est beaucoup de vernis pour cacher une évidence : Fallout 76 n’est pas un RPG dodu, il en a certes la quantité de fonctionnalités et même une apparence nous y faisant furieusement penser, mais en réalité il est ce qu’il est : un jeu d’action à fortes composantes survie dans un monde ouvert gigantesque à explorer. Avec son lot d’événements multijoueur et son mode PVP et autres emotes.


 


Donc c’est… C’est bizarrement foutu, c’est un peu brinquebalant, ça manque certainement encore un peu de maturation, mais c’est tout de même soulignable que de dire que Fallout 76 pour le peu de contenu rôleplay qu’il propose, fait mieux que Fallout 4. Alors on en pense ce qu’on en veut, j’aime l’idée de me dire qu’avec cette direction, le titre peut un jour devenir très intéressant pour un roliste, d’autant que l’aspect rôleplay en multijoueur décuple les possibilités, mais ça c’est propre aux jeux multijoueur.


 


Un bel univers bien conçu… à la finition déplorable.


 


“Coucou ! Je m’appelle Bethesda ! Je n’ai pas mon pareil pour construire des mondes ouverts bien conçus à la narration environnementale et à la construction crédible, mais je suis toujours aussi incapable sur le plan de la technique pure !”

“Bonjour Bethesda ! Je m’appelle Marcheur, et je vais te péter la gueule !”


Alors comme ça vous avez créé votre monde ouvert le plus vaste à ce jour avec Fallout 76 ? Le plus gros bestiaire ? Le plus de quêtes ? Le plus de monstres ? Tain’ mais c’est super ! Le plus de bugs aussi ? Encore mieux !


Fallout 76 est de la famille de ces jeux agaçants : vous voyez un panorama vous révélant l’étendue de jeu disponible et le soin apporté à chaque lieu, au placement soigneux de chaque élément constituant ce vaste environnement. On a envie d’adorer ce travail et de saluer ce travail de professionnel passionné par le world design et l’amour de la création de monde ouvert crédible et vivant. On aurait vraiment envie de ne pas se plaindre.


En fait non. Non parce que c’est truffé de problèmes de textures, de collisions (un monde est moins crédible quand on peut passer à travers le sol, petite astuce pour vous Bethesda) quand des ennemis sensés être rapides et dangereux n’ont juste pas de comportements d’agressions du joueur, ou n’ont juste pas de tête (comme ça, à l’envie, qui suis-je pour les juger cela dit ? C’est leur droit inaliénable de ne pas avoir de tête, sans doute se sentent-ils d’ailleurs oppressés de devoir en porter une. Je vais d’ailleurs soutenir leur lutte en créant une pride des décapités.).


 


   


Prenez-le par tous les bouts : Fallout avec d’autres joueurs, c’était bien mieux sur le papier.


 


Et ce n’est qu’un aperçu des problèmes, parce qu’à mesure que Bethesda en corrige (peu, rassurez-vous) ils arrivent aussi à en ajouter (bien plus, soyez soulagé). Des problèmes, Fallout 76 en collectionne. Pour ne pas même dire que c’est devenu une attraction sur Youtube : écrivez “Fallout 76 bugs”, au delà du pléonasme, vous aurez droit à une avalanche de sketchs dans lesquels l’incompétence de Bethesda (merde, ça aussi c’est un pléonasme) est révélée au grand jour.


 


Maintenant que vous savez quoi faire quand la vie vous paraît morne, je finirais par dire que derrière les soucis techniques, il y a de vraies améliorations du moteur du jeu qui se cachent dans Fallout 76. Des éclairages mieux gérés notamment, quand ils ne clignotent pas, des modèles plus fins et détaillés, quand ils s’affichent… C’est conditionnel mais après tout, tout est conditionnel dans la vie, même payer les jeux finis à la pisse, mais l’idée sous-entendue est illégale, peut-être serait-il aussi temps que la finition déplorable des jeux devienne passible d’un retour à la case “gestation”, non ?


 


Un gameplay efficace


 


Non ça n’est pas une manière polie de dire que c’est fainéant. Fallout 76 reposant sur la base de Fallout 4, les sensations armes au poing sont suffisamment solides pour qu’on s’amuse et les combats peuvent se révéler un poil stimulant. L’aspect survie (radiations, faim, soif) se révèle plus “immersif” que réellement gênant et ne vient pas contrevenir à l’amusement du joueur. On saluera surtout l’exploration et l’aspect collecte / fabrication d’armes et équipements en plus de bâtiments et d’installations pour le joueur. Le tout se glisse parfaitement dans le concept du jeu et contribue à donner l’impression d’un univers dans lequel on laisse tout de même une empreinte.


 


De plus, le système de progression à base de “cartes” à débloquer que l’on attribuera à nos “S.P.E.C.I.A.L” (Force, Perception, Endurance, Charisme, Intelligence, Agilité et Chance en version française) et nous octroie des compétences passives améliorant notre personnage, s’avère pratique et addictif. Il y a de plus bien assez de contenu pour vous occuper plus d’une centaine d’heures.


 


À haut niveau, vous aurez même des combats de groupe disponibles, des choses un peu plus stimulantes, c’est loin d’être la pire partie du titre et le contenu de haut niveau se révèle être la meilleure chose qu’offre le jeu.


 


   


Malgré tout le fiel que je déverse à la gueule de Fallout 76, Wastelanders donne quelques vagues raisons d’espérer.


 


Dommage que les systèmes de confort (se téléporter à un lieu, déplacer son campement) sont dépendants de la monnaie du jeu, monnaie particulièrement rare, mais que d’autres options de conforts sont, soit régis au farm intensif de ressources, ou à de l’achat via argent… Bien réel…


 


… Eh eh eh eh…


 


… Bande de rats.


 


Quelques qualités… Et un florilège d’insultes.


 


Inon Zur a composé quelques superbes pistes pour Fallout 76, des pistes de plus en plus cohérentes avec l’orientation plus exploration d’un monde abandonné plus si hostile qu’avant, avec de grosses composantes contemplatives. Fallout 76 est assez beau quand il ne bugue pas et profite du savoir faire de Bethesda en matière de level design et de narration environnementale pour satisfaire le joueur qui saura profiter de ces qualités rares.


 


Il y a un vrai bon jeu qui se cache sous les soucis techniques. Un vrai bon jeu qui m’a presque plu à beaucoup d’endroits, j’y ai même trouvé plus de plaisir que sur d’autres jeux.


 


Seulement, Bethesda sont devenus de sombres rapaces. De la pire espèce. Avec l’abonnement Fallout First, pour seulement 100 euros par an, profitez d’un serveur privatisé pour vous et huit amis. Pour l’équivalent de quelques euros, profitez d’animations exclusives pour exprimer vos humeurs aux autres joueurs. Ou profitez d’équipements cosmétiques uniques ou même d’options de confort supplémentaires. Si vous payez, profitez de tout ça dans un jeu bugué jusqu’à la mort dont les mises à jour consistent à ajouter du contenu “gratuit” comme payant sans corriger les problèmes récurrents du titre.


 

Marcheur@rpgfrance.com (Marcheur)

www.rpgfrance.com

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